Les noms de rue à Rennes: quelle place pour les femmes dans la toponymie ?
Résumé
Une des causes de l’invisibilisation des femmes dans l’espace public réside dans l’odonymie (Raibaud, 2015). L’odonymie est la branche de la toponymie qui s’intéresse aux noms de voies, et notamment les rues, les avenues, les boulevards, les impasses, etc. Aujourd’hui, les odonymes ont deux fonctions principales: le repérage spatial et la représentation honorifique. Preuves d’une mainmise patriarcale séculaire sur la société, les personnalités choisies pour être honorées sont en grande majorité des hommes. Dans certaines villes, des tentatives de rééquilibrage sont en cours. Qu’en est-il à Rennes ? Quelles politiques sont mises en œuvre ?
Alice Ticos, (Master en Aménagement et Urbanisme parcours Aménagement et Collectivités Territoriales et Master de l’Ecole Universitaire de Recherche CAPS, Université Rennes 2) vous présente cette planche de l’atlas social de la métropole rennaise en vidéo, qui retrace son travail mené avec Alexandre Martin (Master en Géographie parcours Environnement, Territoires et Acteurs, Université Rennes 2)
Pour en savoir plus 👉https://atlas-social-de-rennes.fr/index.php?id=1378
🎥 Vidéo réalisée par le CREA de l’Université Rennes 2 et le laboratoire Espaces et Sociétés.
Transcription
Bonjour à tous et à toutes.
Aujourd’hui nous allons nous intéresser à l’odonymie sur la commune de Rennes. L’odonymie, c’est la branche de la toponymie qui s’intéresse au nom de rue, d’avenue, de boulevard, etc.
Aujourd’hui, les odonymes ont deux fonctions principales, le repérage spatial et la représentation honorifique.Or, on constate que ces odonymes sont aujourd’hui largement masculins, témoignant d’une forme de main mise patriarcale séculaire sur les sociétés. Mais dans certaines villes, des tentatives de rééquilibrage sont en cours. Alors qu’en est-il à Rennes ? Quelles sont les politiques mises en œuvre par la ville de Rennes en matière d’odonymie ? C’est ce que nous vous proposons de voir aujourd’hui à travers un travail réalisé, avec Alexandre Martin, lui aussi ancien étudiant de master en géographie à l’université Rennes 2. On peut commencer par dresser un bilan général de l’odonymie à l’échelle de la ville de Rennes.
Sur cette carte, on voit nettement la domination du bleu, soit les rues portant un nom masculin à Rennes. Si l’on s’attache aux rues, on retrouve 588 rues portant des noms d’hommes, contre 68 portant des noms de femmes. Ratio qui est assez
similaire pour les noms de boulevards, 29 hommes contre trois femmes, ou d’avenues, 25 hommes contre cinq femmes. Ces différences se traduisent aussi en termes de longueur moyenne de voiries.Ainsi, les voies portant des noms de femmes sont en moyenne moins longue que les voies portant des noms d’hommes. 238 mètres de moyenne contre 342 mètres. Toutefois, malgré ce premier constat sans appel, on observe une réelle évolution à l’échelle de la ville de Rennes.
En effet, une élu est désormais spécifiquement chargée de la question de l’odonymie et et collabore avec une coordinatrice, odonymie et mémoire, dans le but de rééquilibrer la proportion entre les noms de voies masculins et féminins. On observe ainsi que, dans certains quartiers de Rennes où se développent d’importants projets urbains et où de nouvelles voies sont créées, la proportion d’odonymes féminins est plus élevée que dans d’autres secteurs de la ville. C’est notamment le cas du quartier Beauregard, où près d’un tiers des noms de voies honore des femmes. A l’inverse, dans des quartiers plus centraux dont la toponymie remonte en grande partie au 19e siècle, la présence de noms féminins reste beaucoup plus limitée. Elle ne représente que 8,5% dans le quartier sud gare.
Mais ce rééquilibrage n’a rien d’évident. En effet, renommée une rue n’est pas un acte neutre et cela s’inscrit dans un temps long et dans une démarche complexe et coûteuse. Il faut remplacer les plaques de rue mais aussi mettre à jour les bases de données territoriales et prendre en compte le désagrément que cela peut engendrer pour les résidents en termes de modifications d’adresse postale. S’il existe indéniablement un rééquilibrage à l’échelle de la commune de Rennes, il reste toutefois encore des progrès à accomplir.
En effet, les nouvelles voies portant des noms féminins sont encore majoritairement de petites voies, des cheminement réservés aux mobilités douces, des rues sans habitations ou situées en périphérie de la ville.
Ce travail s’est inscrit dans le cadre d’un projet réalisé au sein du master CAPS, qui nous a notamment permis de mettre en place des méthodologies sensibles et des ateliers participatifs visant à questionner les participants, élus, techniciens, habitants sur l’importance symbolique de la féminisation des odonymies.
Pour conclure, la féminisation de l’odonymie constitue un levier important pour lutter contre l’invisibilisation persistante des femmes dans l’espace public. Mais pourtant, sa mise en œuvre reste difficile. À Rennes, l’approche volontariste de la municipalité et l’implication citoyenne favorisent une prise de conscience globale. Toutefois, les obstacles administratifs financiers et politiques ainsi que le poids des héritages odonymiques freinent cette dynamique. La reconfiguration symbolique de l’espace urbain reste un travail long et complexe, révélateur non seulement de contraintes techniques mais aussi de tiraillements entre mémoire institutionnelle et aspiration et une représentation plus juste des figures féminines dans la ville.
Merci de nous avoir suivi. Vous pouvez suivre les actualités de l’Atlas social de la métropole Rennaise dans le lien disponible ci-dessous.
À bientôt !
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Générique
Planche réalisée par Alice Ticos et Alexandre Martin.
Présentateur Brieuc Bisson
Co-réalisation / Montage Sylvain Quiviger
Co-réalisation / Graphisme et animation Yann Garandel
Image Bastien Pastor, Morgane Brucker
Chargé de production Clément Dufloux
Directrice de production Amélie Rouleau
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