Univesité Rennes 2
DATE 30-01-2025 DURÉE 01:00:00 GENRE Conférence PUBLIC Tous publics DISCIPLINE Histoire Producteur Université Rennes 2

Résumé

Dominique Barthelemy, Membre de l’Institut, Professeur émérite d’Histoire médiévale, Université Paris-Sorbonne .

Dans la France féodale, la violence prend des formes diverses, mais pas nécessairement anarchiques. Elle a souvent ses codes et ses limites, qui la canalisent et favorisent la conclusion d’accords de paix. Elle concerne toutes les classes sociales, mais elle est plus dangereuse quand il s’agit des chevaliers, c’est-à-dire d’hommes nobles, seigneurs et vassaux de châteaux, adonnés aux armes et attachés à l’honneur : leurs querelles risquent d’impliquer leurs sujets et de faire d’importants dégâts. Même dans ce cas cependant, une lecture attentive des sources et une réflexion sur elles, aidée des suggestions de l’anthropologie de la vengeance, révèle une véritable culture de la paix, féodale et chrétienne.

Héritée du haut moyen âge et commune à bien des sociétés anciennes, la vendetta (échange de meurtres) est susceptible, ici comme souvent, de s’apaiser par une composition, c’est-à-dire par le versement d’un « prix de la paix », comme pour racheter le sang. Mais comment des comtes, barons et vassaux très à cheval sur leur honneur peuvent-ils renoncer à une vengeance pour de l’argent, sans perdre la face ? C’est ce que l’on tentera d’apercevoir à travers des récits de miracles ou de dons aux monastères.

Spécifique au temps des principautés et des châteaux (à partir du Xe siècle), la guerre féodale entre seigneurs et vassaux de châteaux a pour enjeu des terres et des biens, et ne paraît pas très sanglante : cependant, faite de coups de main, de raids de pillages et de sièges, elle inflige aux paysans des pertes en bétail et des destructions. Et leurs seigneurs, leurs princes mêmes, ont une certaine tendance à faire la paix en se pardonnant mutuellement les torts faits aux paysans de l’autre ! Les paysans de l’an 1000 et du XIe siècle n’ont-ils aucun moyen de résister à cette oppression ? L’Église peut-elle leur venir en aide, en empêchant toute guerre féodale ? C’est l’enjeu de ce que l’on a appelé le « mouvement de la paix de Dieu ».