Résumé
Conférence de Pascal Detroz (PU à Université de Liège)
Transcription
Bonjour à tous, quand on prend plus de 10 secondes pour vous
présenter, c’est pas que vous êtes bon, c’est que vous
devenez vieux.
C’était mon constat déjà à la IPU, c’est parfois gênant.
Je vais redescendre un peu par rapport à ça.
Je suis un double imposteur aujourd’hui,
d’une part parce que j’aime bien le concept de robustesse,
on l’utilise.
Je ne suis pas un aficionados complet.
de la robustesse, je vais vous expliquer pourquoi.
Et d’autre part, je connais un peu la formation d’adultes en
Belgique, pas du tout en France.
Et donc, le discours que je vais vous faire,
il va falloir vous faire un travail d’intégration à votre
propre écosystème.
Mais ceci dit, comme la robustesse c’est aussi la finitude,
c’est aussi l’erreur,
vous me pardonnerez volontiers tout ça.
Pourquoi est-ce que je ne suis pas un aficionadosse complète
de la robustesse ?
C’est parce que je suis un vrai pragmatique.
Donc mon souhait à moi, c’est d’essayer de transformer
l’enseignement supérieur,
presque au niveau international, parce que j’ai vu,
et on en reparlera, un certain nombre de défauts de
l’approche par compétence qui,
à mon avis, nous mènent peu à peu dans le mur.
Après, on peut débattre de ça longuement, etc.
Mais c’est ma posture en tout cas.
Et donc je veux créer une pédagogie universitaire supplétive
par rapport à ça.
qui prend mieux en compte les défis auxquels on va être
confronté ou auxquels on est déjà confronté
dans l’enseignement supérieur.
Si je veux vraiment réussir ce coup-là, que j’arrive auprès
de mes autorités et de dire j’ai une super idée,
on va former des étudiants non performants.
Et d’ailleurs pour faire ça, on va avoir des profs non
performants.
Je crois que je me fais sortir par la porte ou par la
fenêtre assez rapidement.
Alors hier vous étiez là,
vous avez bien compris que cette dichotomie
performance-robustesse n’est que façade,
puisqu’Olivier Hamon, et Laurent nous l’a bien rappelé,
précise qu’on peut avoir des moments de performance.
Mais je trouve quand même que ça embrouille les choses,
parce que des moments de performance, ça veut dire combien
dans notre vie ?
Je veux dire, jusqu’où on s’arrête ?
Juste avant le burn-out, on s’arrête un peu avant ?
Ou alors carrément on glande un peu avec, de temps en temps,
un pic ?
Je ne sais pas.
Par contre, et vous allez voir, c’est un de mes principes,
j’en ai parlé avec Olivier Hamant,
qui a adoubé à peu près cette…
cette pensée-là, c’est qu’on a complètement intérêt à lutter
contre la sur-optimisation,
ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
Mais la sur-optimisation, elle existe parce qu’on vise la
performance.
Et donc la sur-optimisation comme moyen d’attendre une forme
de respect…
de performance à court terme, ça, clairement, je peux la
combattre.
Bref, je vais rentrer un peu dans le contenu, mais comme ça,
vous voyez un peu qui je suis,
l’ambition que j’ai, qui n’est pas une petite ambition.
J’ai la chance d’être soutenu par des autorités qui y
croient assez, donc on met en place déjà des choses dans mon
institution.
par rapport à ça, mais voilà, je vais vous expliquer un peu
tout ce chemin, tout ce parcours.
J’aime bien commencer, alors je ne vais pas parler de
robustesse en dehors de l’enseignement supérieur.
Donc c’est vraiment l’enseignement supérieur, mais y compris
l’enseignement d’adulte,
chez nous on a de l’enseignement, structurellement c’est
très très proche,
mais vous allez voir que les cas que je donne sont des cas
parfois qui sortent du cadre de la formation
d’adulte.
Mais on est déjà au fait, vous le savez, je pense que dans
les exemples que je vais vous donner,
vais vous donner et dans les analyses que je vais faire, ça
va résonner.
En fait, on est déjà en fluctuations fortes par rapport à
nos systèmes actuels.
Et donc, je pense que, contrairement à ce qu’il y a fait
hier,
où on a fallu imaginer une fluctuation générale qui nous
arrivait, qui nous tombait dessus, en fait,
on est déjà dans des fluctuations.
On est déjà en train d’y réagir, à mon avis, assez mal.
Et on va essayer d’expliquer tout ça.
Je commence par cette analyse de cas.
Certaines ont plus de sens que d’autres pour vous.
Elles sont toutes étayées.
Donc, à chaque fois, il y a deux slides, il y a un slide qui
explique le cas.
Vous pouvez lire, je vais le résumer, et puis après il y a
un slide sur lequel je vais aller assez vite,
qui étaye le cas.
Donc ce n’est pas des cas que j’ai inventés un jour en me
disant sur le coin d’une table, tiens, qu’est-ce qui se
passe ?
En général, il y a de la littérature, au moins des articles,
qui portent sur ces cas-là et qui étayent ce que je vais
vous dire.
Le premier cas, c’est celui de Mohamed.
Mohamed est radiologue, donc formation universitaire, on est
d’accord.
Il a fait 13 ans d’études pour être radiologue.
Aujourd’hui, en fait, il valide ce que l’intelligence
artificielle lui donne comme diagnostic par rapport au
radio.
Il y a cinq ou six ans, on voyait des articles qui disaient,
heureusement que le radiologue est encore là,
puisque l’intelligence artificielle se trompe de temps en
temps.
Plus récemment, on voit des articles qui montrent que si
l’intelligence artificielle avait fait le job du radiologue,
un certain nombre de cancers du sein auraient été
diagnostiqués.
Ah non, avant que l’humain le diagnostique.
Donc on est face à une intelligence artificielle qui est
plus puissante aujourd’hui
que le radiologue.
Et ça a un effet, alors là c’est pas…
Dans la scénologie, ça a été démontré,
mais c’est sur la colonoscopie, ça a un effet,
l’utilisation de l’intelligence artificielle,
que le praticien-médecin perd sa compétence analytique par
rapport aux images.
Donc non seulement il se fait aider par l’intelligence
artificielle,
non seulement aujourd’hui l’intelligence artificielle est
meilleure que lui,
mais si un jour on supprime pour une raison ou une autre,
par exemple l’éthique, le traitement des données, que
sais-je,
l’intelligence artificielle, il aura perdu sa capacité de
discernement sur les radios.
Donc voilà pour le premier cas, et voilà quelques études
qui valident ce que je dis.
Ce n’est pas moi qui l’invente en parlant avec des gens, il
y a des études publiées sur le sujet.
Alors Bernard, lui, et là peut-être que ça vous concerne
plus, en tout cas en Belgique c’est clairement le cas,
puisque la formation d’adultes comprend la formation aux
assistants sociaux.
Bernard, lui, veut travailler dans le CAIR depuis qu’il est
tout petit.
Il veut aider les gens, il se rend compte que la société est
très inégalitaire.
Il veut être au service des plus faibles, il peut les aider,
il veut devenir assistant social.
Et ça tombe bien parce qu’il tombe dans une école qui va lui
apprendre ça, qui va lui apprendre le care,
qui va vraiment pouvoir le mettre en œuvre par rapport à
tout ça.
Il trouve cette formation excellente, elle répond
parfaitement à ce qu’il voulait,
sauf qu’il ne trouve pas vraiment d’emploi et que les seuls
emplois qu’il trouve, c’est des emplois d’agent du contrôle
social.
Donc il va fliquer les gens pour voir s’il n’y a pas une
déclaration usurpée, trop forte,
trop faible, etc.
Et il se rend compte qu’il est en pleine crise de conscience
parce que lui, ce qu’il voulait aider…
Faire, c’est aider les gens et ce n’est pas nécessairement
les fliquer.
Ça, c’est pour Bernard.
Et voilà quelques articles.
Vous aurez le PowerPoint,
mais vous verrez qu’il y a quelques articles qui étayent ça.
Et notamment, sur ce cas-là, peut-être que j’aurai
l’occasion d’en reparler,
il y a un ouvrage de Hartmut Rosa qui est un philosophe
allemand.
Cet ouvrage n’est pas encore traduit, mais j’ai des
collègues qui parlent allemand et qui m’en ont beaucoup
parlé,
qui vient de sortir en 2026.
et qui s’appelle « Situation versus Constellation » .
Et il dit qu’avant, des travailleurs sociaux, mais pas que
nous aussi, on avait des marges de liberté dans nos métiers,
et qu’on les a perdus à cause d’une administrativité qui
vise la
surperformance.
et qui nous a privés de nos marges de manœuvre.
Je vous prends un exemple, mon papa a 83 ans,
il est absolument incapable de faire tout ce qu’on lui
demande en termes d’assurance.
Là, il vient de déménager dans une maison de retraite, donc
on a dû couper le gaz,
l’électricité, ce genre de choses.
Tout ça aujourd’hui passe par des GSM en fait, des mobiles,
des téléphones,
où il faut s’identifier, etc.
Il est incapable de le faire.
Avant, il y avait une marge de manœuvre, on pouvait encore
téléphoner à quelqu’un qui nous aidait dans nos démarches,
même si ce n’était pas tout à fait.
Ce qu’il devait faire cette personne, elle comprenait la
situation, elle essayait d’aider un peu et puis ça se
passait bien.
On a perdu ses marges de manœuvre en tant que personne
actrice de nos métiers et on est
sous le joug d’un certain nombre de procédures lourdes,
informatiques,
dont on ne peut pas sortir.
Et donc cette analyse d’Hermont-Rosa est assez intéressante
parce qu’elle montre à quel point on est dépossédé de notre
humanité qui faisait nos métiers.
Nour et les fluctuations géopolitiques, peut-être que ça
vous concerne moi, j’en sais rien, Nour,
elle voulait vraiment faire des études universitaires, parce
qu’elle voulait faire de la recherche,
et elle voulait faire de la recherche internationale.
Et donc, elle fait tout ce qu’il faut, elle étudie
parfaitement, elle est brillante.
etc.
Elle arrive à avoir une bourse à Harvard, donc elle est très
contente de ça.
Sauf que Donald Trump coupe les fonds et vraiment met les
témoins
sur les universités.
Elle ne peut pas se déplacer.
Et donc, elle voit 8 ans de sa vie ou 50 de sa vie,
où elle a fait beaucoup d’efforts pour arriver à un résultat
qu’elle avait obtenu, mais qui, pour des raisons
géopolitiques,
elle ne pourra pas les mener.
Alors, Nicolas, lui, c’est un vrai pragmatique.
Donc, lui, ce qu’il voulait, c’est avoir un job où il y a de
l’emploi, où il ne gagne pas trop mal sa vie.
Comme c’est un gars assez brillant, il avait le choix, il a
choisi l’informatique.
L’informatique, il y a cinq ans, on nous disait, faites de
l’informatique.
C’est un métier, on en a besoin, on a besoin de
programmeurs,
tout se passe au niveau numérique, faites de l’informatique.
Donc lui il a écouté ça, il a fait de l’informatique,
il est sorti encore une fois plus ou moins brillant de ses
études,
sauf que maintenant les jeunes informaticiens ne trouvent
plus d’emploi.
Pourquoi ?
Parce que dans les boîtes informatiques les seniors
utilisent l’IA et donc toutes les tâches.
Moi, intellectuellement, qui nécessite moins d’intellect,
des tâches de codage par exemple, qui permettent aux jeunes
d’entrer dans le métier,
de découvrir le métier et puis d’avancer, sont traités à
l’IA et donc ces jeunes n’ont plus d’emploi.
Je caricature un peu, ils en trouvent parfois encore, mais
grosso modo.
de haut cette espèce d’appel qu’on avait aux informaticiens
qui étaient pris,
non pas quand ils avaient leur diplôme, mais déjà chez nous,
les ingénieurs informaticiens étaient pompés par le marché
quand ils sortaient de trois
premières années d’études alors qu’il y en avait cinq.
Ici, il faut attendre la cinquième et peut-être qu’ils vont
être piochés.
Donc, sachant…
change un certain nombre de choses.
Pourquoi ?
Parce que c’est une fluctuation professionnelle.
Vous savez, je vous dis ça et vous allez me dire, oui mais
nous on ne forme peut-être pas d’informaticien, on ne forme
peut-être pas de…
Mais réfléchissez à toutes ces fluctuations
socio-professionnelles sur les métiers auxquels vous formez.
Il y en a énormément.
Ici j’ai étayé celle-ci, mais il y en a évidemment beaucoup
d’autres.
Fluctuation identitaire, c’est quelque chose qui me touche
beaucoup.
Peut-être que vous commencez aussi à…
même si vous formez des adultes à voir arriver ça, c’est des
jeunes, en fait, qui, vous le savez,
qui sont en grande difficulté, ça, je ne vous apprends rien,
pour certains d’entre vous, c’est leur public quotidien,
mais qui sont en vraie crise aussi par rapport à ça.
Et donc, nous, on récupère pour le moment à l’université,
c’est le cas,
mais vous pouvez vraiment l’inférer par rapport au public
avec lesquels vous travaillez,
on récupère à l’université des gens, en fait, qui ont connu
le Covid au début des études secondaires,
au début du lycée, et qui ont eu des processus de
socialisation qui, du coup,
ont été vraiment perturbés, en fait.
Et donc ces étudiants ont déjà eu une scolarité dans le
lycée qui était un peu
étonnante, anormale, en dehors de la normalité telle que
nous on a le…
On l’a connu, qu’ils se trouvaient parfois seuls dans des
classes de vin,
ils arrivent à l’université et parfois le discours c’est
« Ah, je me réjouis d’arriver à l’université parce que j’en
ai un peu marre de cet espèce de climat
qu’il y avait dans ma classe au lycée et en plus là je vais
rencontrer des gens qui veulent faire la même chose que moi,
je vais me faire des copas, ça va être super, etc. »
Et en fait ils désenchantent très vite ces gens-là
puisqu’ils se retrouvent dans des auditoires parfois de
500-600
personnes où ils sont en fait…
complètement isolés, en plus dans un auditoire de 500-600
personnes, ce qui génère chez eux une angoisse,
avec parfois beaucoup de cours en ligne qui font à partir de
leur cote,
de l’appartement que les parents leur ont offert près des
études, etc.
Et ça crée des situations dramatiques en termes d’angoisse.
On perd, nous, à l’université, 20% d’étudiants qu’on ne voit
pas après l’accueil.
On fait un accueil général, ils sont 600, on leur explique
comment ça va se passer, on met un peu d’énergie.
Si l’auditoire comprend plus de 200 personnes, en tout cas,
il y a 20% d’étudiants qui ne reviendront pas.
Vous imaginez ?
L’orgueil !
à la IPU, à des conférenciers à poser une question, pourquoi
est-ce que les étudiants font l’UNIF ?
Et si je vous posais la question, vous auriez eu la même
chose.
Trouver un emploi, se socialiser, se faire des potes, avoir
des relations,
s’épanouir intellectuellement, etc.
Mon constat à moi, c’est qu’aujourd’hui les étudiants font
l’UNIF parce que c’est le chemin qui les mène,
selon eux, vers le moins d’angoisse possible.
C’est-à-dire qu’ils restent sous la coupe des parents,
financés par les parents,
ils ont des cours, ça ne change pas tellement par rapport au
secondaire.
alors que s’il ne faisait pas l’uniforme ou l’enseignement
supérieur, ils se retrouvaient sur le marché de l’emploi, et
ça c’est les angoisses.
Enfin bref.
Alors Claire, on change de rôle, Claire elle est prof, un
peu comme vous, comme moi,
et on lui a dit c’est génial, tu vas faire une approche par
compétence.
Alors c’est pas qu’elle y croit tant que ça, mais bon, les
organismes accréditateurs,
les directions disent Le gouvernement, chez vous,
dit qu’il faut faire l’approche par compétence, donc elle
s’y met.
Elle fait bien les choses, donc elle a créé un advisory
board,
cette espèce de cercle avec un certain nombre d’alumni, de
professionnels,
qui vont dire c’est quoi les compétences professionnelles
dont on a besoin.
Elle va mettre à plat l’ensemble des enseignements de la
filière,
elle va dialoguer avec l’ensemble des profs qui donnent la
filière,
ils vont restructurer la formation et en plus ils ont un peu
de moyens qu’ils ont pu dégager donc ils vont vraiment
bien le faire.
Elle est très fière de son approche par compétence.
Après deux, trois ans de travail, parce qu’il faut ça pour
mettre en place une chouette approche par compétence.
Elle la met en place, elle la présente une dernière fois à
l’advisory board, et il y a quelqu’un dans l’advisory board
qui dit,
« Ouais, ça c’était chouette, mais c’était les compétences
dont on avait besoin il y a trois ans.
Maintenant les compétences, elles ont changé, il faudrait
quand même qu’on puisse remettre l’ouvrage sur le métier. »
Ça se passe, très concrètement ça se passe.
Aujourd’hui on dit que la durée de vie d’une compétence,
c’est cinq ans.
Il y a eu un article assez intéressant qui disait
l’université n’est pas en danger à cause de l’IA,
l’université est en danger à cause de son inertie.
Alors, Fatou, elle, c’est un prof,
elle ne s’intéresse pas tellement au programme,
elle donne son cours et elle a mis en place un super cours
numérique, tout se passe super bien,
il y a des classes inversées, elle a été accompagnée par des
pédagogues.
Elle a même eu un prix dans son institution, le prix de
l’innovation pédagogique.
Ça marchait bien.
Après deux ans de fonctionnement, elle se rend compte que ça
ne marche plus.
Les étudiants ne lisent pas les cours avant dans les classes
inversées,
donc elles n’arrivent pas à mener ses activités en ligne.
Les étudiants se plaignent, c’est trop de travail, charge de
travail, on ne s’en voit plus assez, etc.
Elle comprend bien pourquoi, pas bien pourquoi, mais ça ne
fonctionne plus.
Peut-être que les normes pédagogiques ont changé, peut-être
que les étudiants ont changé, on n’en sait rien.
Mais ça ne fonctionne plus, donc elle a fait énormément
d’efforts.
Peut-être que c’est la plateforme qui a changé.
On a connu ça chez nous.
Les profs qui avaient fait des trucs de fou.
sur une plateforme, la plateforme s’upgrade, elle ne change
pas, elle s’upgrade, tout le travail est à refaire.
Enfin bref, vous voyez qu’on est parfois en souffrance par
rapport à ça.
Alors, une tentative d’analyse par rapport à tout ça,
heureusement il y a plein de choses qui fonctionnent bien.
D’accord ?
J’essaie simplement d’expliquer pourquoi à un moment donné
il faut peut-être changer un peu le logiciel.
Il y a plein de choses qui fonctionnent bien, nous faisons,
vous faites,
ils font un travail formidable.
Mais on voit quand même qu’il y a un certain nombre de
choses qui commencent à cuiner un peu.
On a lancé…
Renseignement supérieur, vous pouvez le remplacer par
formation d’adulte.
Alors ici, c’est peut-être moins vrai pour vous.
Massification, on a de plus en plus d’étudiants,
hétérogénéité, ils sont de plus en plus différents.
Mais dites-vous, notre travail est de plus en plus
important, c’est ça, la massification.
On a de plus en plus d’étudiants, donc notre travail est de
plus en plus important en volume.
Et l’hétérogénéité, c’est-à-dire qu’on a de plus en plus de
profils différents, ça veut dire que notre travail est de
plus en plus complexe.
Il doit intégrer plus de complexité.
Donc, si vous ne suivissez pas les effets de la
massification de l’hétérogénéité,
vous transformez simplement ça en disant,
on doit toujours en faire plus et étendre la gamme de ce
qu’on sait faire.
Et ça, je crois que ça va vous parler.
Et pour faire ça, il y a des financements relatifs.
Donc, en fait, on n’est pas plus payé pour ça, on n’a pas
plus d’argent.
Et c’est même le contraire,
on a moins d’argent pour faire des choses plus complexes et
de manière plus
volumineuse.
D’accord ?
pour pallier ça, pour essayer de tenir le cap, on a eu,
et heureusement qu’on les a eus, des leviers technologiques.
On a pu mettre des cours en ligne, on a pu travailler sur
des éléments comme ça,
et des leviers pédagogiques.
Heureusement qu’ils étaient là à un certain moment pour nous
permettre d’assumer ces
transformations dans nos métiers de formateurs.
On a visé une forme de sur-optimisation par rapport à ça.
D’accord ?
C’est le mot d’ordre des politiques, c’est le mot d’ordre de
vos autorités,
il faut sur-optimiser nos processus.
Pourquoi ?
Parce qu’on a moins d’argent pour faire plus de choses et
faire des choses plus…
plus large.
Alors c’est passé par un certain nombre de mots qu’on a vu
arriver dans le domaine de la pédagogie universitaire,
mais je suis à peu près sûr que vous avez les mêmes.
Le new public management, la reddition des comptes, on doit
démontrer que ce qu’on fait a du sens,
cette qualité.
Chez nous ça passe notamment, c’était mon sujet de thèse,
sur l’évaluation des enseignements par les étudiants, par
exemple,
et ce genre de choses.
Une autonomie productiviste, j’aime bien parce que la
liberté académique, on est content de l’avoir à
l’université.
Sans doute que vous, vous avez aussi des marges d’autonomie
par rapport à vos métiers de formateur,
et ça c’est très chouette.
Mais ça passe aussi par un contrôle accru de ce que vous
faites et des éléments que vous
mettez en œuvre pour un tas de objectifs qui sont devenus
des objectifs institutionnels.
Ça passe par une forme de standardisation des pratiques.
Chez nous, le QCM, quand j’ai commencé ma carrière, donc je
fais partie,
et c’était d’ailleurs mon premier métier,
j’étais à la direction de la structure qui gérait l’ensemble
du QCM de l’université d’un point de vue
logistique et méthodologique.
On est passé en 10 ans de 180 tests QCM dans mon université
à 1 300 tests
QCM dans mon université.
Pourquoi ?
Parce que les auditoires sont passés de 50 étudiants à
300-400
étudiants.
et que on a suroptimisé les process,
donc on est passé par une standardisation d’un certain
nombre de process.
C’est vrai pour l’évaluation, c’est vrai pour
l’enseignement, c’est pour ça que l’approche par compétence,
pour le moment,
vous en France, vous y passez tous.
Nous on y est passé il y a 20 ans, on a fait marche arrière,
mais vous pour le moment vous êtes en train de tous y
passer.
Et un autre élément, c’est une dépendance aux indicateurs
chiffrés du coup,
puisque cette liberté est associée à des indicateurs
chiffrés.
Alors j’ai présenté en formation d’adulte ces éléments-là,
et un des exemples qu’ils me donnaient,
c’est, nous en formation d’adulte en Belgique,
on est soumis à un indicateur chiffré qui est le taux
d’abandon.
Et clairement, dans l’enseignement, on n’aime pas tellement
qu’il y ait des étudiants qui abandonnent en cours d’études.
C’est un signe de dysfonctionnement.
Il dit, mais nous, c’est l’inverse en fait.
Quand un étudiant chez nous en formation d’adulte part,
c’est qu’il a trouvé un job.
Or, c’est notre finalité première.
Et donc cet indicateur chiffré, pour nous, il fonctionne à
l’inverse, sauf qu’on est soumis à celui-là.
Et donc un certain nombre de financements ou d’actions qu’on
doit mettre en place consistent à maintenir les étudiants
dans le
système, alors que nous, en termes de philosophie, on veut
les faire sortir,
mais sortir par le haut vers des emplois.
C’est ça.
indicateur chiffré, on en a un tout petit peu parlé hier
dans le groupe où j’étais, c’est la fameuse loi Guthard.
La loi Guthard nous dit ceci,
quand un indicateur devient un objectif, on est dans la
merde.
Je vous prends un exemple sur l’évaluation des enseignements
par les étudiants.
Il y a une question, alors chez nous, on a eu des hauts
débats par rapport à ça,
mais chez nous encore aujourd’hui elle est prise en compte
dans les promotions.
Donc on va regarder l’évaluation des enseignements par les
étudiants pour voir si le prof est bon et s’il mérite sa
promotion.
Il y a un indicateur qui est l’enseignant présente ses
objectifs à ses étudiants.
C’est une question.
Il y a 7 ou 8 questions et il y a 7 questions là notamment.
On peut vraiment en discuter, moi je crois qu’il y a plein
de moments pédagogiques où on n’a pas trop intérêt à dire ce
qu’on veut faire aux étudiants,
pour les laisser découvrir, reconstruire, mais bref, c’est
un indicateur.
Et donc ça donne lieu à quoi ?
Ça donne lieu au fait que, alors ça peut avoir du sens de
présenter ses objectifs aux étudiants,
ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, et cet
indicateur-là pousse sur le sens que ça a de le faire.
Pourquoi ?
Pour montrer à l’étudiant où il se situe dans son parcours,
comment l’objectif de ce cours participe au programme,
en quoi ça va faire de lui un bon professionnel, donc ça a
une forme de sens
sens de travailler les objectifs.
En tant que pédagogue, je serais un peu…
Je me tirerais une balle dans le pied si je me disais
l’inverse.
Mais alors, ça donne quoi ?
Ça veut dire qu’il y a des profs, premier cours, ils disent,
bon, chers amis étudiants,
voilà mes objectifs.
C’est un peu long, vous ne savez pas lire, mais c’est pas
grave.
Ils sont dans mes engagements pédagogiques, donc dans mes
plans de cours, etc.
En fin d’année, on va vous demander dans l’évaluation des
enseignements par les étudiants, si je vous les ai
présentés.
évidemment je ne tolérerai pas qu’un seul d’entre vous
réponde que je ne les ai pas présentés, ils sont là, ok ?
Donc on peut continuer.
Autrement dit,
il y a un contournement total du système pour atteindre un
indicateur,
parce que cet indicateur est devenu un objectif.
Mais l’objectif initial, ce n’était pas celui-là,
évidemment.
Et on est soumis à ça dans plein d’indicateurs qu’on a.
À un moment donné, l’AEQS chez nous, c’est l’agent.
l’agence qualité, vous en avez aussi, on doit prouver qu’on
est dans l’approche par compétence,
parce que nous aussi, l’AEQS aime l’approche par compétence.
Nous, on n’y est pas.
Personne, enfin,
s’il y a deux départements sur trente dans mon université
qui y sont,
les autres n’y sont pas.
Mais qu’est-ce qu’ils font ?
Ils font un super tableau Excel.
En général, c’est une secrétaire qui s’y colle, on lisse
l’ensemble des cours,
on lisse l’ensemble des compétences qui sont dans le
référentiel, et on fait des petits V là où on pense que
c’est travaillé.
Et on rend ça à l’AEQS qui dit, ah, mais…
Super, on voit bien comment les cours participent aux
compétences, c’est une secrétaire qui l’a fait.
Donc là aussi l’objectif, remplir, montrer, démontrer,
devient la cible alors que l’approche par compétence, si
elle est bien faite,
mais je ne crois pas qu’on ait les moyens de bien la faire,
a un certain nombre de résultats qui peuvent être positifs.
Bref, cette sur-optimisation, et c’est pour ça que…
Nos décideurs pensent que c’est la bonne pratique.
Elle marche.
Elle marche.
On a pu faire venir plus d’étudiants avec des profils
différents,
travailler plus ou leur donner plus de choses avec des
moyens qui se diminuaient.
Moi, je suis un décideur, c’est génial.
Elle marche, mais elle marche dans un environnement stable.
Et c’est là qu’on commence à avoir des problèmes.
Parce que quand l’environnement devient instable, la
sur-optimisation ne marche pas.
Je vous prends un exemple complètement en dehors de la
pédagogie.
le VAR au football.
Bon, je ne sais pas si tout le monde sait ce que c’est que
le VAR au football, mais voilà,
le VAR au football pallie à un manquement qui était un peu
embêtant quand on jouait,
quand moi je jouais au football, l’arbitre se trompe.
Et donc maintenant on a des caméras, alors il y a une règle
qui est le hors-jeu, et cette caméra peut nous dire,
à une pointure de chaussure près, si le joueur était
hors-jeu ou pas.
Donc on est vraiment dans une sur-optimisation totale.
des règles d’arbitrage.
Et ça c’est chouette, il n’y a plus de discussion, plus
personne ne dit « Oh oui, l’arbitre il a sifflé,
il y a eu un jeu » .
Il n’y a plus de discussion.
Mais qu’est-ce que ça a comme effet, quand on prend de la
hauteur sur le football, ça veut dire que plus personne
n’est heureux.
C’est-à-dire que moi je vais au stade, pour la meilleure
équipe d’Europe qui est le standard de Liège, vous le savez.
Et quand il y a but, on n’exulte plus.
On se dit, bon, OK, le ballon est rentré, qu’est-ce que le
VAR va dire ?
J’ai même participé…
il y a 15 jours, c’était encore plus drôle que ça, j’étais
devant ma télé, but,
et je me dis, on ne va quand même pas exalter trop vite, et
puis, à un moment donné,
il y a une faute, peut-être, peut-être pas, j’en sais trop
rien, bref, le VAR intervient.
Moi, je pensais qu’il n’y avait pas faute, mais tous les
supporters de l’équipe adverse pensaient qu’il y avait
faute.
Pour ceux qui ne le savent pas, quand il y a goal, l’arbitre
monte le milieu du terrain.
Donc, on a exulté déjà un peu, un peu, moyennement, parce
qu’il y avait but, et puis l’arbitre revient après avoir vu
le VAR,
et il montre le milieu du terrain.
Moi, qui suis un peu maîtrise du foot, je dis, ben la faute,
elle avait lieu au milieu du terrain, donc est-ce qu’il
montre la faute ou est-ce qu’il montre le truc ?
Mais là, les commentateurs à la télé disent « Ouais, il y a
but ! » Et moi, je dis, attends, c’est pas sûr.
Et puis ils disent « Ah non, il n’y a pas but. » Donc on a
exulté une fois quand le ballon est rentré,
une fois que le commentateur a dit « Il y a but. » Et puis
on a tous déchanté quand il n’y a pas eu but.
Excusez-moi d’être un peu long là-dessus, j’adore le foot.
Mais c’est la preuve que parfois, des sur-optimisation, qui
ne se pense pas.
à une échelle plus systémique font énormément de dégâts.
Et un certain nombre de grands championnats sont en train
très sérieusement de penser à supprimer le VAR parce que ça
supprime toute émotion directe au niveau du foot.
Cette sur-optimisation, elle marche, mais elle marche dans
un système stable, maîtrisé,
qui a été bien pensé.
On n’est plus du tout là-dedans.
Et ces sur-optimisations, en plus,
nous ont amené non plus à avoir des leviers pédagogiques ou
des leviers
technologiques, mais nous ont imposé des injonctions.
On est obligé d’eux.
Notamment l’approche par compétence.
Et donc ça veut dire qu’on nous prive d’un espace de liberté
parce qu’on a des injonctions qui
mènent à une sur-optimisation mais qui parfois ne prend pas
compte complètement le sens de nos
réalités.
Et je ne vous l’ai pas dit, mais on en a un peu parlé hier,
Laurent en a parlé.
mon premier métier à moi c’était ergonome, en tout cas dans
mes études.
Donc entre la tâche prescrite, celle qu’on voudrait qu’on
fasse, et la tâche réelle,
il y a tout ce qui est situationnel qui est oublié.
Et la situation c’est ce qui permet à une usine de ne pas
exploser.
Moi j’ai fait un stade…
dans une coquerie et on disait les guidelines, les machins,
le référentiel écrit disait à 1200 degrés il faut stopper,
c’est trop chaud,
il faut stopper la coulée continue.
Sauf que les gens qui travaillaient ils disaient parfois
c’est 1190 degrés
quand il y a l’odeur un peu, la texture là il faut déjà
couper sinon on est trop tard et ça explose.
Et ils disaient par contre si l’odeur est le truc là on peut
monter jusqu’à 1210 et le
grand constat des ergonomes c’est heureusement cette
expertise là elle était là Sinon on était tous soupards,
il y avait un incident dans la coquerie.
Donc c’est la différence entre une tâche prescrite et une
tâche réalisée.
Et la différence c’est quoi ?
C’est la connaissance du terrain, c’est l’action située
qu’on peut mettre en place sur le terrain.
Sauf que ça c’est complètement bypassé, balayé.
par des procédures qui deviennent de plus en plus
contrôlées.
Et pourquoi est-ce qu’à un moment donné, ça devient
inefficace ?
C’est parce que notre monde devient de plus en plus
instable.
Les incertitudes politiques et décrétales, nous on est
obligés maintenant, du jour au lendemain, en un an,
de passer à un système de formation qui est basé sur
12 ou 13 semaines de cours, 3 semaines de bloc, 3 semaines
d’examen,
donc 3 semaines où les étudiants étudient, 3 semaines
d’examen.
Ça deux fois, donc deux quadris, et maintenant on va avoir
des bimestrialisations, huit semaines de cours,
une semaine de blocs d’études, une semaine d’examens.
Ça change tout.
Il y a des process qui prennent plus de temps,
c’est une décision décrétale qui a peut-être été en plus
concertée.
C’est juste pour se calquer sur ce qui se fait dans le
secondaire,
parce que quand même c’est bien que les parents puissent
partir en vacances avec leurs enfants.
Évidemment c’est bien que les parents puissent partir en
vacances avec leurs enfants,
mais en attendant c’est nous qui payons la facture d’un truc
qu’on voit arriver et qu’on doit changer sur
un an, on a un an pour faire ça.
Des incertitudes écologiques et sanitaires, le Covid on en a
parlé,
Ebola pour le moment, même si ça touche surtout l’équipe de
foot du Congo,
qui s’entraîne pour le moment à Liège, c’est pour ça que je
connais le dossier.
Donc il y a toute une série d’incertitudes qui pèsent
là-dessus,
on ne sait même pas si les déplacements pourraient être
faits.
Tunis, j’ai hésité, je me disais oui mais est-ce que
vraiment on pourrait y aller, est-ce qu’il ne va pas y avoir
des problèmes,
alors écologiques et sanitaires mais aussi…
géopolitique, donc ces problèmes-là se posent aussi, des
incertitudes sociétales,
nos étudiants changent et on ne sait pas comment ils
changent.
Il y a très peu d’études là-dessus.
Moi, je ne sais même plus dans quelle génération on est.
Il y a eu des trucs, génération Z, génération machin.
On est sur des générations, pour le moment, où on a
l’impression que chaque année, c’est des publics différents
qui arrivent chez nous.
Et je suis sûr que vous, avec vos publics parfois
fragilisés, qui arrivent avec des parcours de vie,
c’est la même chose, ils sont soumis à des fluctuations
qu’ils n’avaient pas.
Chez nous c’est très simple, on récupère les équivalents
chez nous,
on se retrouve perturbés dans leur métier en tout cas,
parce qu’on a décidé que les chômeurs,
alors qu’on avait un système de chômage qui pouvait être
assez long chez les gens, après deux ans c’est fini.
Et même les gens qui étaient en reprise d’études en
formation d’adultes, c’est fini.
Et donc on avait des gens qui étaient sur le chômage pour se
reformer,
pour retrouver une identité professionnelle, et c’est fini.
Donc ils peuvent le faire, mais ils ne sont plus payés.
Ils n’ont plus cette ressource minimale qui leur permettait
d’agir avec un double mouvement, où des gens se disent…
voilà, si je perds mon chômage, il faut que j’aille en
formation parce qu’il faut que je me forme.
Sauf que ceux qui étaient déjà là se disent, oui, mais ma
formation, elle dure trois ans.
Et donc, qu’est-ce que je fais par rapport à ça ?
Bref, incertitude géopolitique et sociétale,
et surtout incertitude numérique.
Je suis très pessimiste par rapport à l’IA.
Je pense que l’IA va remplacer un certain nombre de métiers.
Je pense que la robotisation a modifié très profondément le
travail
d’École Bleue.
Donc des ouvriers, des manutentionnaires,
enfin de toutes ces personnes qui travaillaient dans les
entreprises en tout cas.
Et je pense que l’IA va faire exactement la même chose avec
l’école Blanc.
D’accord, donc qu’est-ce qu’on fait avec ces gens qui
arrivent, qui ont une longue formation, qui sont instruits,
qui sont intellectuels et qui n’arrivent pas à s’asserrer ou
plus à s’asserrer dans le marché du travail ?
Je rajoute la trumpisation sur tout ça, mais pourquoi est-ce
que j’ai rajouté la trumpisation ?
Tout le monde voit de quoi je parle, c’est juste parce que
si on est dans la merde, j’ai quand même envie de vous le
dire avec une petite fleur, voilà.
Donc, sur-optimiser dans un monde instable, ce n’est pas la
bonne idée.
Or, c’est ce qu’on fait, et c’est ce qu’on fait notamment au
niveau pédagogique.
Alors ici, c’est joli, mais en fait, ça dit exactement ce
que je veux dire.
Dans un monde stable, on sait où on va, on peut anticiper,
on sait où est le cœur de cible,
on peut avancer calmement, etc.
Dans un monde instable, c’est beaucoup plus difficile
d’anticiper, on ne sait pas exactement où on va,
et donc c’est difficile d’optimiser nos étudiants vers un
avenir que nous,
on ne maîtrise pas ou très peu.
D’accord ?
Donc c’est pour ça que ça ne marche pas dans un monde
instable.
Alors est-ce qu’il est temps de faire un changement de
paradigme en fait dans l’enseignement supérieur ?
Le paradigme nominant, on est dans l’approche par
compétence, vous le savez.
Peut-être qu’il faut faire un changement de paradigme.
Je me suis intéressé un peu au changement de paradigme il y
a quelques années.
Il y avait un travail de Vosniadou que je trouvais assez
intéressant,
qui disait que pour qu’il y ait un changement de paradigme
global,
il faut un certain nombre de conditions.
La première condition, c’est qu’il y ait un paradigme
dominant clairement identique.
et que ce paradigme aille marcher.
Et puis il faut que ce paradigme soit challengé par des
situations où les gens ne s’y
retrouvent plus.
Les gens se disent il y a un problème avec ce paradigme, il
y a quelque chose qui ne va pas.
Ça ne suffit pas.
Il faut qu’il y ait un paradigme émergent qui permette de
solutionner mieux les situations
que le paradigme précédent n’arrive plus à résoudre.
Il faut que ce paradigme soit praticable,
d’accord et il faut qu’il soit fécond nous permettent
d’aller encore plus loin.
C’est Vosniadou qui dit ça.
Elle ne s’intéresse pas du tout à la robustesse, à la
pédagogie.
C’est global.
Pour qu’il y ait un changement de paradigme, il faut ces
sept conditions.
Je crois vous avoir plus ou moins montré qu’on est à peu
près au niveau 2, là.
On voit bien, on commence à bien voir que notre système est
challengé, qu’on est à l’os.
Vous pourriez me dire, pas tout à fait, vous avez raison.
Vous êtes encore un certain nombre ici à ne pas être en
burnout.
Donc on peut sans doute aller encore un peu gratter chez
vous pour essayer de maintenir le système.
Mais quand tout le monde sera en burnout, ce sera
impossible.
Et moi, personnellement, mon petit côté humaniste,
j’ai mon temps que vous ne soyez pas tous en burn-out avant
qu’on change.
Et donc, pour définir cette alternative clairement, on a
commencé à regarder ce qui existait.
Et on s’est intéressé à plein de choses diverses et variées.
On continue à s’intéresser à plein de choses diverses et
variées.
Il y a des documents qui ne sont pas là.
On s’est interrogé à la pédagogie de Fréré, qui est une
pédagogie de la résistance au Brésil.
Mais on s’est intéressé à l’antifragilité de Nicolas Taleb.
On a regardé la robustesse d’Olivier Hamant,
on a regardé la résilience de Walker et ses collègues.
Et on s’est dit, est-ce qu’il y a moyen de faire émerger un
nouveau paradigme là-dedans ?
Et finalement, pour des raisons purement
opportunistes…
On a choisi de travailler sur la robustesse d’Olivier Hamon,
mais en n’oubliant pas le reste.
Alors pourquoi opportuniste ?
Parce qu’Olivier Hamon est une star, en tout cas en Belgique
il est venu plein de fois.
Quand on parle de robustesse à peu près maintenant tout le
monde voit ce que c’est.
Et nous on s’est dit on va essayer de voir si on peut un peu
surfer là-dessus au niveau de la pédagogie.
C’est pour ça que j’ai dit je ne suis pas un aficionados
complet, total, mais en tout cas,
d’abord j’ai beaucoup de respect pour ce qu’il a fait, pour
les travaux, pour la manière dont il est présent, etc.
Naviguer dans un monde incertain à court terme pour
maintenir
le système à long terme, je suis à 100% d’accord avec ça
donc cette définition-là,
je peux complètement l’appliquer en pédagogie et puis il a
défini un certain nombre de critères du vivant
que j’avais envie de faire résonner avec la pédagogie, je
vais en parler avec vous.
Donc tout ça est chouette, mais voilà,
je garde un sens critique et un esprit critique.
Par rapport à…
voilà, je ne gobe pas la moindre ligne de ce qu’Olivier
Hamon a pu écrire.
On s’est rencontrés, on a parlé ensemble, etc.
Et par exemple, il était assez d’accord sur la
sur-optimisation, et lui-même disait qu’au début,
plutôt que de la performance, dans sa tête en tout cas, ou
dans ses premiers écrits,
il parlait bien de sur-optimisation.
Et puis, voilà, pour des raisons que je peux tout à fait
comprendre, il a basculé vers la performance.
Donc, vous connaissez la définition, je vous la passe.
la robustesse Vous connaissez, je vous la passe.
J’aime bien ce petit slide-ci qui remet un peu le
truc.
Même Olivier Hamon, il dit la performance, c’est bien.
Moi, je ne crois pas qu’on soit tous performants tout le
temps.
C’est ce qu’on dit et c’est ce qu’on a envie de faire passer
comme message, qu’on est à l’os et qu’on n’en peut plus,
etc.
Quand j’étais à l’AIPU, c’était une conférence à 12 heures.
La matinée, j’ai dormi et j’ai lu un roman parce que j’avais
envie de me mettre en condition.
Or, j’avais pas mal de boulot qui m’attendait pour Liège.
Je me suis dit, Pascal…
Tu te reposes, tu y vas.
Donc on n’est pas tout le temps hyper performant,
mais quand même il y a des courbes de performance où on est
quand même assez souvent performant.
La sur-optimisation c’est là, donc on a une courbe sans fin
par rapport à ça.
Donc je combats la sur-optimisation, pas nécessairement la
performance.
Ça c’est nous qui l’avons fait en lisant et en s’imprégnant
des travaux d’Olivier
Mans.
Donc c’est lui, mais le schéma vient de nous.
Il y a un certain nombre de critères qu’Olivier Mans donne
aux vivants et pour lesquels on aimerait,
on a commencé à s’inspirer au niveau pédagogique.
C’est la lenteur, l’hétérogénéité, l’inefficacité,
l’incertitude, l’inachèvement, l’incohérence,
la redondance.
D’accord ?
Donc je vous laisse les lire calmement.
Et il y a une approche qui est quand même, dans ce qu’il
explique,
clairement systémique au niveau du vivant,
avec une gestion des communs.
Il prend par exemple l’exemple des arbres de la même espèce
qui ne vont pas se toucher.
Donc ils vont croître, mais ils ne vont pas se toucher en
fait.
Et quand on regarde les choses, en fait, s’ils étaient en
concurrence, ils se toucheraient.
Sauf que le bien commun, c’est la lumière, et pour que la
lumière passe, il faut que les arbres ne se touchent pas.
Donc c’est quand même assez amusant.
L’adaptabilité, capacité d’adaptabilité et surtout…
un côté aussi coopératif qu’il peut y avoir dans le monde du
vivant.
Donc ça, c’est plus ou moins un schéma qu’on a pensé sur
base des travaux d’Olivier.
Une autre question à nous, c’est, est-ce qu’on peut mettre
la pédagogie universitaire plutôt que le vivant,
et donc reconstruire une pédagogie lente, hétérogène,
inefficace,
incertaine, inachevée, incohérente, redondante.
Là aussi, si je viens à trouver mon recteur avec ça, je sors
par la fenêtre, ok ?
Sauf que, à mieux y réfléchir, c’est pas con.
Et on s’est dit, mais c’est pas con.
J’avais une phrase que je dis depuis que je suis pédagogue,
la redondance est la mère de la pédagogie.
Vous entendez un message une fois, vous l’oubliez, vous
l’entendez tous les jours, vous le retenez.
Donc la redondance est la mère de la pédagogie.
Et puis la lenteur, finalement, ça permet aussi une
intégration un peu lente des savoirs.
On a besoin de lenteur pour apprendre.
Nos étudiants en premier bachelier en psychologie, ils
étudient les banques de questions la veille de l’examen.
Ils n’ont rien appris.
J’ai dit à ce département, chers amis, vous avez un
problème.
La réussite et l’apprentissage sont inversement
professionnels.
Ceux qui ont fait le job, qui ont pris des notes, qui ont
essayé de comprendre, etc.,
ils sont incapables de répondre à vos QCM qui sont
extrêmement précis.
Et ceux qui n’ont pas fait le job et qui étudient les
banques de questions, et vous avez une banque de questions
de 120 questions,
vous allez en plonger 20 dedans, ce n’est pas un gros
travail, eux, ils réussissent.
Quand il y a un décalage entre la réussite et la réussite,
Et l’apprentissage,
on a un problème et vous avez un problème.
Et je dis à ces gens-là, qui du coup ont changé la banque de
questions, et du coup sont passés de
30% réussite à 3% réussite.
Je m’en voulais un peu, mais…
On va rediscuter avec eux après.
Alors, comment est-ce qu’on a abordé ça ?
Comment est-ce qu’on s’est dit, finalement, est-ce que cette
pédagogie lente, hétérogène, elle a du sens ?
Est-ce qu’elle est intéressante ?
On a mis d’abord un site web collaboratif.
On a probablement 300 personnes qui sont inscrites.
Il est robuste.
Donc, parfois, il y a des pics où il y a plein de gens qui
écrivent.
C’est super.
Là, ça fait trois mois que ça n’a plus rien passé dessus.
On va relancer parce que là, voilà, la IPU ici, on a des
choses à communiquer.
à la communauté, on a envie d’avoir des réactions de la
communauté.
Vous êtes invité,
mon dernier slide sera un code barre où vous pourrez vous
inscrire pour participer à
cette réflexion.
On voulait faire les choses bien et contrairement à
l’approche par compétence qui a été
pensée, mais pensée sans études scientifiques qui étayent ce
qu’on est en train de travailler derrière,
ça pose un certain nombre de problèmes.
Je pourrais vous les expliquer si vous voulez, vous voulez.
Nous on a mis un doctorat dessus, donc la photo là c’est
Camille…
Larsa, elle devait venir avec nous moi aujourd’hui, mais
elle s’est fait opérer la semaine passée,
donc elle n’a pas pu être là.
Donc on a Camille qui fait une thèse de doctorat sur la
pédagogie de la robustesse.
On a un projet institutionnel,
donc j’ai demandé à mon institution il y a un an et demi
d’avoir deux ou trois personnes dans chaque faculté,
il y en a onze, qui réfléchissent avec nous à la robustesse.
Et donc on se réunit une fois tous les 3-4 mois pour
discuter robustesse avec ces gens-là.
C’est un projet institutionnel et on a un projet
international avec un axe qui est en train de se
développer sur la pédagogie de la robustesse.
Liège, Lille, Clermont-Ferrand et
Genève qui sont aussi, mais c’est un hasard,
des villes apprenantes au sens de l’UNESCO.
Et donc on va aussi essayer d’avoir une forme de financement
par rapport à ça.
Donc ça c’est comment on a fait.
On a fait ça sur quoi ?
Sur 4 éléments.
Qu’est-ce qu’une pédagogie robuste, donc capable, elle,
cette pédagogie, de vivre des fluctuations ?
Qu’est-ce que ce sont des compétences robustes à donner à
nos étudiants ?
Et c’est pas la même chose, évidemment.
Alors mon domaine de recherche liminaire c’est l’évaluation,
donc c’est quoi une évaluation robuste ?
Je crois que c’est peut-être bien ça le truc le plus
compliqué, c’est pas grave.
Et qu’est-ce qu’une organisation d’enseignement robuste ?
Assez paradoxalement, alors que c’est l’élément sur lequel
on avait le moins travaillé conceptuellement,
c’est sur l’organisation robuste qu’on a été le plus amené à
intervenir.
Donc vraiment il y a un certain nombre d’organisations
d’enseignement, des hautes écoles,
des écoles de promotion sociale chez…
Nous, des groupements de formateurs qui nous disent « Nous,
on veut une structure robuste, c’est pas si simple que ça,
venez nous aider. » Donc ça,
c’est les quatre lignes d’action qu’on a mises en place.
Et comment est-ce qu’on a mis ça en place ?
Avec des méthodologies qu’on avait essayées d’être
rigoureuses.
Donc on a fait une analyse de contenu de ce qui se passait
sur ce site collaboratif, où chaque heure…
peut intervenir.
Donc on a des étudiants, on a du personnel administratif, on
a des enseignants,
on a des citoyens, et puis dans les profils on a des
sociologues, des philosophes,
des pédagogues.
Donc il y a quand même une petite communauté là-bas,
vraiment avec des profils divers et variés.
C’est pour ça que votre parole pourra être entendue avec
énormément d’intérêt dans cette
communauté-là.
On a mis en place des entretiens, donc on a interrogé un
certain nombre de profs en disant
« Tiens, à partir du moment où on te définit la robustesse,
et on leur définissait la robustesse,
Qu’est-ce qu’il y a dans tes enseignements qui pourrait être
un signe de robustesse ?
Et alors, il nous disait un certain nombre de choses pour
lesquelles on a pris note.
C’était un travail scientifique.
Et puis, la deuxième question, c’était, mais ça vise quelle
compétence ?
Le développement de quelle compétence ou quelle aptitude ?
Au début, on disait compétence, mais vous allez voir qu’il y
a un glissement sémantique et qu’on va plutôt parler
d’aptitude maintenant.
Quelle aptitude tu travailles ?
avec tes étudiants.
Donc ça c’était des entretiens, des interviews.
Et puis ce qu’on a fait c’est des World Café.
On en a fait beaucoup.
Alors vous avez vu les sept critères, hétérogénéité,
lenteur, infinitude, etc.
Et donc on a travaillé avec des groupes, sept groupes à
chaque fois.
Alors il y avait une, deux ou trois personnes dans ces
groupes.
On leur a dit, toi tu vas te saisir de la lenteur et c’est
quoi pour toi la lenteur en pédagogie ?
Qu’est-ce que la lenteur en pédagogie peut amener comme
force ou comme faiblesse ?
Et donc ils ont commencé à faire une petite carte
conceptuelle pendant 5 minutes sur ce que ça leur évoquait
dans un seul,
dans des groupes de 2, dans des groupes de 3.
Et puis on a fait du World Café, c’est-à-dire que les
groupes se sont croisés.
Donc le groupe lenteur a été trouvé, le groupe hétérogénité,
et dit, ben voilà, t’as 3 minutes pour me dire comment toi,
la lenteur…
tu l’aperçois dans tes cours.
Alors il y avait d’autres idées qui venaient et puis après
trois minutes on changeait, c’était ceux qui portaient
l’hétérogénéité, qui demandaient au groupe lenteur,
et toi l’hétérogénéité c’est quoi pour toi ?
Et donc voilà, et puis ils revenaient faire leur carte
conceptuelle et ça donnait lieu, vous la voyez là,
enfin vous en voyez une là, c’est une photo que j’ai prise
au hasard dans notre banque de photos, c’est pas la plus
complète,
c’est pas la plus jolie,
mais vous voyez que ça donne ce genre de choses et ça a été
extrêmement riche parce qu’il y a plein de choses auxquelles
nous on
n’avait pas nécessairement pensé.
par rapport à ces concepts-là.
Et donc, ça nous a permis en tout cas d’avoir des aptitudes
robustes chez les étudiants,
mais en corrélère d’avoir une pédagogie robuste chez nos…
enseignants.
Alors évidemment, précaution oratoire, on est nous-mêmes
dans une démarche robuste,
on a des allers-retours, des vanneviats, on est parfois
lent, on est parfois hétérogène,
on a des débats, parfois on n’a pas de solution à ces
débats, donc ce que je vous dis là,
il faut le prendre avec beaucoup de passette, ça a déjà
changé,
il y a 15 jours je vous aurais présenté un slide
complètement différent, en préparant la IPU,
je vous propose ce slide-ci, donc voilà,
il faut beaucoup de modestie dans ce qui est en train de se
construire là-bas.
En tout cas, le but c’est quand même de dépasser le cas
de la compétence et on s’est rendu compte en fait en
discutant avec ses profs que pour eux la robustesse c’était
le développement d’un certain nombre d’aptitudes chez nos
étudiants l’aptitude à collaborer l’aptitude
d’avoir une pensée critique l’aptitude à agir dans
l’incertitude l’aptitude à
la gestion des émotions etc etc
Les aptitudes, c’est des choses un peu plus fondamentales
que la compétence.
La compétence,
c’est un savoir agir complexe dans lequel on va aller
chercher dans les ressources internes et
externes,
qu’on va intégrer et mobiliser pour pouvoir résoudre une
tâche complexe dans
une famille de situations.
Vous connaissez ça très bien.
L’aptitude,
c’est indubitablement une ressource interne qu’on peut
mobiliser éventuellement pour résoudre des
compétences, mais qu’on peut travailler en dehors des…
d’une approche par compétence, c’est-à-dire qu’on peut
travailler ça en dehors d’une famille de situations ciblées,
professionnalisantes,
auquel va l’étudiant, et on a même parfois intérêt à le
faire.
L’aptitude à collaborer, ça s’apprend.
Alors, approche par compétence, on va les faire travailler
en groupe, et puis on va un peu regarder.
Oui, mais travailler en groupe, ça s’apprend aussi.
Si on veut avoir une démarche développementale du travail de
groupe,
on a intérêt au début à faire travailler deux personnes sur
une tâche relativement simple.
C’est le début du continuum.
Et la fin du continuum,
c’est peut-être faire travailler six personnes qui doivent
discuter entre elles parce qu’elles vont se
répartir les tâches, mais en même temps avoir…
une boucle de régulation sur les tâches que chacun doit
faire, etc.
C’est complètement autre chose.
Et parfois dans la couche par compétence,
on est vite à droite et on oublie vite cet aspect
développemental de
l’aptitude.
Et donc ce qu’on veut, c’est redonner à l’aptitude du sens.
de vrais apprentissages et c’est sans doute une notion qui
nous fait revenir quand même à
une pédagogie qu’on trouvait plutôt dans les années 50-60 où
il n’y avait pas de compétences,
il n’y avait pas encore tout à fait des objectifs, il y
avait beaucoup de savoirs mais on voulait faire des actes et
qu’il y avait les capables de réfléchir.
Nous on veut faire des acteurs capables d’agir, mais d’agir
dans les fluctuations.
Et donc on a défini l’aptitude à la robustesse, qui désigne
une disposition transversale,
donc elle n’est pas dans une famille de situations, mais
elle est beaucoup plus transversale, à percevoir les
fluctuations d’une situation.
Nos étudiants ne le savent pas.
Ils sont parfois dans notre auditoire comme ils sont dans
leur chambre.
C’est-à-dire en regardant des trucs sur leur ordinateur,
relax,
bien étendu comme ça dans l’auditoire, et ils ne se rendent
pas compte qu’en fait,
il faut pouvoir varier ses approches en fonction du lieu où
on est.
Ils nous interpellent comme ils interpelleraient leur père
ou leur pote, etc.
Donc apprendre qu’il y a des fluctuations d’une situation, à
réguler ses propres réactions,
à interpréter les écarts entre intention et effet, ajuster
les modes d’action,
préserver une capacité d’initiative.
Et ça, c’est pour moi l’élément le plus fondamental,
y compris dans les contextes marqués par la certitude, etc.
Et donc, ça donne, en termes de compétences, je vais bientôt
devoir arrêter,
mais quelque chose qui ressemble à ça.
Donc, l’aptitude à la robustesse, c’est quoi ?
C’est une capacité à lire et problématiser des situations,
y compris dans des éléments qui ne sont pas dans notre zone
de confort.
C’est en ça qu’elle se distingue des compétences, parce que
dans la compétence, évidemment, il faut pouvoir lire et
problématiser,
mais ici c’est en dehors de tout cadre formel de
l’apprentissage.
Et donc ça passe par la perception des fluctuations, je l’ai
dit, mais une pensée systémique aussi,
une capacité à problématiser, etc.
Vous avez les éléments ici.
Et puis il y a juger et décider dans l’incertitude.
Bien sûr que l’université, parfois, forma ça.
Le raisonnement clinique du médecin, c’est ça.
C’est décider et juger dans l’incertitude.
Alors, le médecin, il est tout à fait capable de le faire
dans sa profession.
Et puis, on parle avec un médecin, et il est con comme un
balai par rapport à des perspectives sociétales.
C’est con.
Ce gars a appris à faire un certain nombre de choses dans sa
profession qu’il n’arrive pas,
en tant que citoyen, à inférer à d’autres situations
complexes.
Donc l’idée, c’est vraiment ça,
c’est de rendre capable des gens de juger et de déciser sous
incertitude,
c’est-à-dire faire preuve de discernement.
On parle très peu de discernement dans notre pédagogie, mais
il y a là une aptitude qui est essentielle.
Tolérer l’incertitude, pouvoir vivre avec.
Ce n’est pas si simple.
Mais ça s’apprend.
Une forme de sobriété décisionnelle.
On peut décider des choses, mais on dirait au poker payé
pour voir.
On décide, on regarde ce que ça donne, mais on est prêt à
faire marche arrière si ça ne fonctionne pas, etc.
Ajuster et agir dans l’action.
Donc capacité d’ajustement, d’agentivité, continuer à garder
un moral,
même si ce qu’on a fait ne marche pas et ne pas s’effondrer,
mais refaire quelque chose de pertinent à partir de là.
Une capacité d’initiative.
se réguler et apprendre, la régulation émotionnelle,
essayer de réfléchir à soi-même, où on se situe dans ses
apprentissages,
comment on peut continuer ses apprentissages.
Vous allez me dire, on n’est pas hyper loin de ce qu’on
fait,
sauf qu’on a rarement une politique pédagogique qui permet
de développer
spécifiquement ses compétences.
Et je le pose souvent aux gens qui me disent, oui mais ça on
le fait déjà, je dis, attendez, vous le faites.
C’est des compétences que vous attendez chez vos étudiants,
où c’est des compétences que vous travaillez,
ou des aptitudes que vous travaillez avec vos étudiants.
Et là, il y a un blanc.
Prenons un exemple,
l’éthique du médecin.
D’accord ?
L’éthique du médecin.
Un médecin doit avoir une éthique.
Et donc si je vais présenter au médecin comme aptitude
l’éthique, il va me dire, ah, il sent…
Voilà, vous n’inventez rien.
Et quand on leur dit « oui, mais vous le travaillez ou vous
attendez ça chez vos étudiants ? » Là,
il y a un blanc parce qu’il ne le travaille pas, ou peu, ou
marginalement,
alors que c’est une compétence, une aptitude qui juge
essentielle.
Là, en l’occurrence, ce serait plutôt une aptitude,
l’éthique du médecin.
mais le caractère éthique d’une réflexion, pardon, c’est une
compétence, mais le caractère éthique d’une réflexion, ça,
ce serait plutôt une aptitude.
Et enfin, ça doit se faire, parce qu’on est dans un monde,
et ça a été très,
très bien expliqué hier par Laurent, de manière
collaborative.
Donc, il faut apprendre à nos étudiants la capacité à
coopérer et
délibérer Collectivement, ce qui veut dire aussi écouter la
parole de l’autre,
pas simplement l’entendre pour essayer de la contredire,
mais vraiment l’intégrer, voir ce qu’elle veut dire, etc.
Je termine avec un slide qui est du coup, ce serait quoi
alors une pédagogie robuste ?
Une pédagogie robuste, c’est celle qui vise à développer les
aptitudes qu’on vient de définir,
ça veut dire qu’on a besoin de situations très ouvertes,
très incertaines.
qui soumettent du débat.
Daniel Faux, qui lui est un vrai spécialiste de la formation
d’adultes et qui est mon collègue direct,
avec qui je joue immédiatement du football, pour revenir
encore au football,
est un gars vraiment…
intéressant et lui ce qu’il fait,
et il va écrire un petit texte là-dessus dans un ouvrage
qu’on est en train de penser sur la robustesse,
il fait ce qu’il appelle une pédagogie de l’aléatoire.
Donc il voit une quinzaine de concepts avec ses étudiants,
il en tire deux au hasard et ils discutent.
C’est quoi les liens entre ces concepts-là ?
Qu’est-ce qu’on peut trouver comme sens ?
Parfois il n’y en a pas, il faut gratter un peu, parfois il
paraît plus évident, mais c’est quand même assez
intéressant.
Là on est vraiment dans des situations complètement
ouvertes, où le prof lui-même se laisse surprendre,
parce qu’il n’a jamais pensé à relier ces deux concepts-là.
où les étudiants se laissent surprendre et où il y a une
co-construction d’une réflexion profonde,
sur base, de ces concepts, qui permettent non seulement de
mieux connaître chacun des concepts,
mais aussi de commencer à parler ou de penser en termes
interactionnels.
Et ça, c’est quand même très intéressant.
Donner des marges d’action aux étudiants, leur laisser des
choix réels,
une responsabilité située en action, enfin tous des éléments
comme ça.
En règle générale, j’ai le sentiment que par rapport à
l’université,
la formation d’atultes va déjà beaucoup plus loin dans ces
éléments-là.
Mais peut-être qu’il faut encore aller pousser un peu plus
loin et avoir une vraie réflexion
pédagogique par rapport à ça, notamment développementale de
ces aptitudes.
Faire coopérer et controverser.
La controverse c’était quand même le source de l’université.
Quand on regarde au niveau historique, les étudiants n’ont
plus tellement de temps de controverser entre eux.
En général, ils sont là, le prof leur donne la vérité, il la
gobe, il la rigurgite.
Et parfois, un peu en master, là on commence à les faire un
peu plus réfléchir.
Mais c’est rare qu’il n’y ait quand même pas une bonne
réponse que l’enseignant a derrière la tête.
Or parfois, les bonnes réponses c’est plutôt des jugements
de valeur ou des croyances,
plus que des éléments scientifiquement démontrés.
Donc les laisser délibérer est quelque chose qui est
vraiment
riche, coopéré et controversé, avec des désaccords
argumentés.
Donc il faut pouvoir voir où se situent les désaccords entre
deux personnes.
Moi j’ai vu tellement de personnes se disputer alors
qu’elles étaient d’accord, mais elles ne s’écoutaient pas.
Et donc à un moment donné, repérer ça,
c’est quand même quelque chose qui est assez utile pour
dépasser les cadres qui sont bloquants à
certains moments, expliquer les arbitrages, etc.
Alors outiller la reprise réflexive,
la réflexivité on nous bassine avec ça,
pour moi c’est une forme d’ailleurs de néolibéralisme.
Vous êtes dans des problèmes, soyez réflexif, vous allez les
résoudre.
Moi je dis souvent quand je travaille avec des enseignants
du secondaire qui ont des classes difficiles,
parce qu’ils sont en milieu défavorisé, je dis moi je trouve
que plutôt que de vous apprendre la réflexivité,
il faudrait vous apprendre les réflexes pour éviter les
petites boules de papier,
les craies que vous allez recevoir pendant le cours.
Je veux dire à un moment donné les problèmes sont
systémiques, ils ne sont pas liés à l’enseignant,
qui même si pédagogiquement il réfléchit, à un moment donné
ce n’est juste pas possible,
ce n’est juste pas à lui de gérer des problèmes.
Quand il y a trop d’étudiants,
qu’est-ce qu’on fait avec ce psychologue qui doit former en
statistique et qui se retrouve avec 800
étudiants ?
À un moment donné, il y a une inadéquation.
Alors bien sûr, le prof peut être réflexif,
mais il ne faut pas non plus qu’il tourne sa réflexivité en
pensant qu’il va trouver une solution.
À un moment donné, la solution n’est pas individuelle, elle
est collective, voire systémique, voire organisationnelle.
Et enfin, je pense…
profondément que tout ça ne peut se discuter que
collectivement.
Donc il faut une approche programme.
Je n’ai pas dit une approche par compétence, j’ai dit une
approche programme.
Donc ça veut dire qu’il faut qu’il y ait des gens qui
discutent entre eux et qui
arrivent à décoder et à mettre en place quelque chose
d’évolutif par rapport à ces…
c’est formation.
J’avais dit que c’était le dernier slide, mais en fait, je
vais quand même encore en voir deux.
Ça, normalement, ici, si vous vous souvenez de Biosanadu,
c’est une alternative à ce qui se passe pour le moment.
Former nos étudiants aux aptitudes.
en mettant en place des pédagogies telles que je viens de
les définir très rapidement pour viser des
aptitudes qui ont été définies.
Il faut que ce soit praticable, si on se repère à Vosniadou.
Donc praticable, est-ce que tout ça est praticable en fait ?
En fait, je pense qu’on n’est pas toujours très loin de la
montre en or, sauf que c’est une question de focale.
Et on a développé, c’est pour ça que je vous en parle,
parce que c’était clairement en lien avec le dernier point
de la diaprécédente, une approche programme.
pour nos enseignants à Luliege.
Encore une fois, je n’ai pas parlé d’approche par
compétence.
Cette approche programme part du réel.
On va analyser ce qui se passe au niveau des filières.
Combien il y a de cours ?
Quels sont les cours ?
Qui voit quoi dans tel cours ?
Et on va reconstruire, à partir du réel,
une espèce de profil de sortie qui est travaillé par nos
étudiants.
Bien sûr, nous aussi, on a des référentiels de compétence
qui nous sont imposés.
Donc on va regarder si on est très éloigné des référentiels
de compétence ou pas.
Mais l’idée, c’est vraiment de partir.
du réel, donc des résistances que les gens ont mis en place
pour ne pas rentrer,
comme l’ajonction nous était donnée, dans une forme
d’approche par compétence.
Ça c’est bien.
Mais on va travailler deux autres éléments.
Le premier élément c’est le sens.
Quel est le sens de nos formations ?
Et le troisième élément, ça va être la soutenabilité.
Est-ce qu’on a la capacité de mettre ça en place ?
Je pense que l’approche par compétence pêche par sa
soutenabilité.
Chez nous, je vous ai dit qu’il y avait deux filières qui
avaient bien fonctionné, une des filières était en train de
tout créer,
et donc a pu orienter les ressources, etc.
Une autre filière en droit, j’arrive à…
On arrive là-bas, on me dit « Monsieur Dautreau, c’est très
bien, on a un super référentiel de compétences,
on l’a travaillé avec Tardif, Pernoud, Poumet, donc on est
super bons. »
J’ai dit « Super, magnifique référentiel, splendide.
On voudrait l’évaluer. » Je dis « Oh, ça c’est chouette,
l’évaluation, c’est mon domaine. » Bon, voyez-le moi, je
vais l’analyser.
Je l’analyse, puis j’arrive devant l’ensemble des profs et
je dis, écoutez, votre différentiel, vraiment, bravo,
très très bien conçu.
Qu’est-ce que vous mettez en place pour soutenir ces
compétences ?
Éclatrir ?
Bah, rien, monsieur Dutroux.
J’y commence à rien.
Alors le prof de droit romain prend la parole.
Écoutez, monsieur Dutroux, vous ne croyez quand même pas que
le droit romain s’approche avec les machins qu’on veut nous
faire gober ?
Le droit romain, ça fait 20 ans que c’est, etc.
Le droit romain existe depuis Rome. Vous ne croyez quand
même pas qu’on va l’apprendre différemment ?
Et puis le prof de droit privé, écoutez, monsieur Dutroux,
le droit privé…
Évidemment que non.
Et donc ces gens-là avaient un super référentiel et il n’y
avait aucune activité qu’ils soutenaient.
Et ils voulaient que je l’évalue.
Quand je leur expliquais qu’il y avait un problème, ils
étaient fâchés sur les pédagogues.
Il y a certaines facultés, ils nous ont fait de lui cinq ans
pour remettre les pieds en tant que pédagogue.
Ils n’en pouvaient plus de ces injonctions qui pour eux ne
tenaient pas compte de leur propre réalité.
C’est pas pour ça qu’on ne pouvait pas dialoguer avec eux,
qu’on ne pouvait pas les faire avancer collectivement, etc.
Bref, le sens…
le possible, sur le possible qu’on a poché, qu’on a péché.
Et alors, pourquoi est-ce que je vous parle de ça ?
Parce que sur le sens, nous, on a pu le définir.
Donc, dans mon institution, c’est une note institutionnelle
que j’ai écrite,
mais qui est proposée par le rectorat pour l’ensemble des
responsables de programme.
Le sens, on l’a défini à travers une boussole qui est ici à
votre droite,
où on a effectivement deux choses qui sont complètement
banales chez nous.
C’est…
les compétences professionnelles,
donc on a quand même à peu près tous des advisory boards
avec effectivement des groupes de professionnels
qui nous disent vers quand on doit aller.
On a une forte résistance disciplinaire.
Notre pharmacien ne doit pas que délivrer des médicaments,
or dans 90% des cas c’est ce qu’il va faire,
mais il doit avoir une formation en chimie pharmaceutique
extrêmement poussée.
Et il n’y a pas moyen de discuter ça.
Les employeurs nous disent, nous ce qu’on veut c’est qu’ils
soient capables de dire des trucs sur les médicaments.
la chimie, bon, mais disciplinairement, on a tenu bon et
c’est impossible de lâcher ça.
Donc on a ces deux éléments-là qui sont des éléments
complètement communs, habituels, etc.
Mais on a rajouté la robustesse, et on l’a définie, on a
expliqué,
on a expliqué quel type de compétences, etc.
Donc on a ajouté la robustesse et on a ajouté la transition.
La robustesse, c’est ce que je viens de vous présenter,
grosso modo.
Les transitions, si on veut reprendre ce pharmacia,
aujourd’hui, les pharmaciens chez nous, suite au Covid,
peuvent faire un certain nombre d’actes médicaux qu’ils ne
pouvaient pas faire avant, comme par exemple vacciner.
Comment se positionne-t-on quand on est un pharmacien qu’on
vit financièrement en fonction
du nombre de boîtes de médicaments vendues et que notre
patientèle vient en
disant « Vous devez vacciner, moi je suis anti-vax,
qu’est-ce que c’est que ce truc ?
Vous êtes les suppôts de Satan parce que vous vaccinez. »
Vous nous injectez des puces,
etc.
Vous connaissez tout le discours et je caricature un peu.
Mais qu’est-ce qu’on fait quand on est pharmacien, qu’on est
soumis à ce discours-là ?
C’est quoi comme compétence, comme aptitude qu’il faut pour
ça ?
Autre exemple, les pharmaciens, avec les éléments
géopolitiques,
il y a des médicaments, déjà aujourd’hui, qu’on n’arrive
plus à se procurer facilement.
Moi je prends le Tyral, qui est un médicament français qui
n’existe pas en Belgique et parfois,
je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas ce qui se passe, pas
moyen d’en avoir.
En France ils en ont, donc je suis obligé de téléphoner à
des potes français, du coup ça passe par des ordonnances,
bref tout ça est compliqué pour avoir de le Tyral.
Donc déjà très localement, entre la France et la Belgique,
donc il y a des médicaments qu’on ne peut plus avoir.
Comment est-ce qu’on se positionne quand on est un
pharmacien par rapport à ça ?
Comment est-ce qu’on gère la patientèle pour qu’il y ait une
espèce
de prise de conscience que les ressources sont finies, qu’il
faut recycler,
qu’il ne faut pas trop polluer avec les médicaments qui sont
des substances quand même polluantes et donc pas
nécessairement jeter ces médicaments à la
poubelle mais venir les rapporter à la pharmacie, sauf que
quand on les rapporte à la pharmacie, ils soufflent.
Et en plus il faut les enlever des boîtes parce que si ils
sont dans les boîtes, ça ne va pas du tout.
Donc en fait on nous demande de faire des tas de trucs pour
recycler les médicaments que le pharmacien nous donne comme
injonction.
alors qu’on est sa patientelle qui les paye pour nous rendre
un service, pour nous vendre des boîtes de médicaments.
Et moi, je peux râler par rapport à ça.
Le pharmacien, il se positionne comment par rapport à ça ?
Vous avez raison, monsieur Dettrault, jetez-les à la
poubelle.
Après tout, on s’en fout, ce n’est pas trois paquettes de
médicaments dans la poubelle qui vont faire la différence.
Ou est-ce qu’il y a une vraie prise de conscience ?
Donc, on peut former les professionnels et les citoyens face
aux transitions.
Et donc vous avez quatre piliers dans cette boussole qui
sont
l’employabilité, qui sont les disciplines,
les transitions et la robustesse.
Si je reviens à Vosniadou, là on voit le caractère
opérationnalisable des choses.
En tout cas nous on l’a fait comme ça et ça a l’air de
prendre au niveau de notre institution.
Il reste une question, c’est le caractère fécond de tout ça.
Et je vous avais dit qu’il y a un groupe où on peut discuter
de tout ça.
Et donc, voilà, si vous voulez participer à ce groupe,
soit vous tapez www.pédagogie-robustesse.org,
soit vous prenez une photo du code barre ici et vraiment
venez participer
avec nous à ces discussions qu’on a autour de tous
ces éléments-là pour voir si, oui ou non,
ce qu’on est en train de proposer en termes de pédagogie de
la robustesse est fécond.
Voilà, ce sera le mot de la fin parce que je me rends compte
que j’ai quand même pris un peu plus de temps.
Ça va ?
Je suis désolé pour ça.
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