Résumé
Un reportage sur l’exposition Les sauvages de Caroline Ciezlik présenté à La Chambre claire, Université Rennes 2 du 25 mars au 30 septembre 2026.
Un événement porté par le service culturel qui s’inscrit dans le cadre du programme culturel en ligne de l’Alliance EMERGE.
Une exposition photographique de Caroline Cieslik
Sur une période d’une dizaine d’années, la photographe et chercheuse, Caroline Cieslik, a documenté l’évolution des prairies Saint‑Martin, friche urbaine située au cœur de la ville de Rennes désormais aménagée en Parc Naturel Urbain.
Des enjeux politiques, environnementaux, poétiques et sociétaux convergent à travers l’étude du devenir de ces quelques hectares de terre.
Travail de recherche et de création, qui réunit plusieurs centaines de photographies et l’élaboration minutieuse d’une recherche théorique et historique sur ce sujet, le projet questionne le statut et la place des friches dans notre société d’un point de vue social, écologique, politique et esthétique.
L’exposition s’inscrit dans le cadre de la publication d’une monographie aux éditions GwinZegal, issue d’un travail de thèse en Esthétique label recherche-création (laboratoire Histoire et Critique des Arts – Université Rennes 2 sous la direction de Pierre-Henry Frangne).
Transcription et traduction : Gwenaëlle Rollinat + Morgane Percevaux, étudiantes en Master Traduction et interprétation CFTTR – Université Rennes 2
Aller plus loin
Transcription
Les friches sont souvent qualifiées
comme des espaces à la marge parce qu’elles sont à rebours d’une société moderne
puis contemporaine qui s’est construite autour
de la question du progrès, de la productivité
et qui a clairement des effets dans notre rapport aux environnements. De formation,
je suis artiste. Je suis diplômée de l’École nationale
supérieure de photographie d’Arles. Mais dans ma pratique, j’ai aussi
un rapport documentaire aux images. Des paysages
que je photographie, de comprendre les mécanismes politiques,
écologiques, leur géographie. recherche qui était à Rennes 2 qui s’appelle, qui s’appelait
parce qu’il a disparu, Paysage, réalité et représentation. Ce master 2,
et le sujet de mon master, a abouti à un travail de doctorat sur la question de notre relation à la fois la représentation
de la nature et du sauvage en lien avec des questions politiques. Très vite après,
il y a eu l’envie de ce livre pour lui donner
une dimension publique. Ensuite, on a cherché un lieu
à Rennes pour accueillir le projet. C’est l’université
qui s’est montrée partante. [bruits d’oiseaux] c’est un champ de foire c’est à dire qu’il y a des personnes
qui sont nomades qui viennent régulièrement
se garer ici. [bruits d’oiseaux] En me questionnant sur cette relation
et ce grand partage entre nature et culture, je vais essayer de trouver et de faire
de l’expérience et de représenter des paysages que je vais qualifier
d’intermédiaires. Pour ça,
je vais m’intéresser aux friches parce qu’elles commencent
un peu par la fin c’est à dire qu’elles commencent
par l’abandon d’un projet ou une cessation d’activité. Du fait de ne pas
avoir un grand projet ou une gestion
par des collectivités territoriales, des municipalités, le pouvoir
ou de grosses entreprises privées, parce qu’il y a aussi beaucoup
de friches industrielles, il va y avoir
un principe de réensauvagement et de réappropriation de ces espaces. [bruits d’oiseaux] Les friches sont
des espaces spécifiques où on peut observer
un principe de réensauvagement et aussi des usages multiples. Pourtant, elles tendent à disparaître à l’échelle des métropoles européennes
liées à des principes d’attractivité et de densification urbaine. [bruit de vélo] [bruits d’oiseaux] Dans le fait d’avoir choisi
les Prairies Saint-Martin pour photographier des friches, il y a quelque chose
qui est un peu de l’ordre du hasard. Au moment où je commence mon doctorat, un observatoire d’écologie urbaine
se monte aux Prairies Saint-Martin. J’ai proposé un observatoire
photographique du paysage. Les Prairies Saint-Martin,
c’est un site localisé au centre ville de Rennes
et qui s’appelle des « prairies » parce qu’au XIXe siècle,
ce sont bel et bien des prairies. une implantation de jardins familiaux. sur les nappes phréatiques
et sur l’eau sous les prairies. En faisant des analyses,
elle découvre que les eaux, et donc les sols, sont pollués. Là, elle ressort des cartons
son grand projet d’aménagement de champs d’expansion des crues. Pour ça, elle pense
un modèle de parc naturel urbain. C’est l’agence BASE
qui va proposer sur le site de faire d’un côté,
une réserve naturelle et de l’autre côté,
un parc de loisirs. [bruits d’oiseaux] Là où le projet se complique,
c’est que pour le mener à bien il nécessite d’expulser ou
d’exproprier un certain nombre d’usagers et d’usagères des lieux. Tout d’abord les locataires
des jardins familiaux, les personnes qui vivent
dans le lotissement, mais aussi des personnes
qui s’installent de manière plus ou moins éphémère
à l’intérieur des prairies. C’est devenu
ce que j’ai appelé une zone refuge pour des personnes nomades, et dont
les choix de vie et d’habitat ne sont pas tout à fait
ceux de la norme de notre société d’appartements et de maisons
fixes et sédentaires. J’ai appelé ça un spot
car c’est sur cette allée que venaient se garer
les personnes qui vivaient en camion. Des étudiants, des étudiantes
ou des apprentis qui restaient à Rennes
sur un temps assez court et sans logement. Des intermittents du spectacle, des personnes qui choisissaient
de ne pas être sédentaires. C’était un lieu très identifié
à Rennes pour garer son camion. Un peu comme
la plaine de Baud et l’Elabo. Toutes les personnes
avec qui j’ai échangé étaient extrêmement sensibles
au caractère végétalisé et aux animaux. On m’a dit
« tiens aux Prairies, il y a un renard » Ils ont fait
des cabanes pour des oiseaux. À coté du lotissement,
il y a avait un principe d’autogestion ils ont essayé de faire un jardin
et des réserves d’eau. Dans beaucoup de mes projets sans cesse, je croise des luttes. Je crois que c’est symptomatique
de la société dans laquelle on vit. C’est-à-dire,
des personnes qui essayent d’imaginer d’autres façons de faire,
d’autres modes de vie et un système très présent
qui écrase ces altérités. [bruit de moteur] [bruits d’oiseaux] Je documente et j’ai eu le souci
de présenter différents points de vue, celui des paysagistes,
celui d’un élu, de la municipalité, j’ai eu le souci d’essayer
de comprendre et d’expliciter quels étaient
leurs enjeux, leurs contraintes. Le regard qu’on peut avoir
sur les Prairies Saint-Martin n’est absolument pas manichéen,
ce n’est ni bien ni mal. La première année,
j’ai parcouru le site. et j’ai mis un an
à placer mes points de vue. C’était le début
d’un moment un peu étonnant, tous les jardins familiaux
venaient d’être abandonnés. Il restait encore les cabanes et plein de traces des plantes
qu’ils avaient laissées ou semées des arbres fruitiers, des bulbes. Il y avait des traces de ces jardins
mais sans les usages et les usagers. [bruit de moteur] [bruits d’oiseaux] J’ai décidé
de travailler en argentique parce que j’aime beaucoup
le modelé du film et parce que ça m’obligerait à avoir
une certaine économie d’images. J’ai aussi décidé de travailler
à la chambre photographique. C’est un appareil grand format,
un peu comme ceux à l’ancienne. Dans le choix des points de vue j’ai décidé de photographier
les différents types de paysages. La grande prairie, au sud,
les sous-bois les anciens jardins familiaux,
le lotissement et au nord, la friche industrielle. [bruits d’oiseaux] J’ai pensé l’exposition en reprenant
les partis pris du livre. Avec quelque chose d’assez immersif,
des images grand format on met un rapport sensible
et contemplatif à ces paysages. [bruits d’oiseaux] Le livre, dans le cadre de ma pratique
et de ce travail de recherche-création c’était l’objet
qui me semblait le plus adapté pour retranscrire
tout ce travail ancré dans une démarche
d’artiste et de chercheuse. Le livre s’est construit
autour de l’image et par l’image. Mes images des paysages
de ces prairies ont un double statut. C’est un rapport sensible,
sensoriel au paysage. Ce sont des images contemplatives. Ce sont aussi des documents
qui nous ont permis aux membres de l’observatoire
d’écologie urbaine et à moi-même d’analyser les rythmes
et les usages de la friche et les évolutions de ces paysages. [bruits d’oiseaux] On a besoin de savoir,
de connaissances. La science et la recherche sont des moyens fondamentaux pour produire
de la connaissance et du savoir. On a aussi besoin d’émotions. Dans l’émotion,
il y a le fait de se mouvoir et de trouver quelque chose de beau ou au contraire, parfois, de ressentir
une forme de colère ou de tristesse. C’est ce qui va nous pousser à agir.
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